Ioshua - une poésie punk et pédée

« Aujourd’hui la police a tué un mec beau que j’ai connu. »

publié en 28 MARS 2021, dans le numéro TREIZE

Ioshua, est un auteur pédé punk pauvre de la périphérie de Buenos aires, Argentine. Ardent militant de l’autogestion culturelle, de la construction par et pour la marginalité, il ouvre sa propre maison d’édition Wacho del barrio. Mort en 2015, il laisse une œuvre dense, remplie de pijas*, drogue, cumbia, rock. Ioshua peint dans ses textes et écrit dans ses dessins la solitude la tristesse la jouissance et l’amour, des mecs de rues sans asphalte.
Ceci est un florilège de poèmes de Ioshua que nous ont transmis
les éditions Terrasses.

Les dessins présents dans cet article sont de Ioshua.
Comme dans le livre, nous publions ici les poèmes dans leur traduction française et dans leur version originale en espagnol.
Vous pouvez également lire l’entretien avec les éditions Terrasses

Traductions françaises

Les pibes de mon quartier

Les pibes de mon quartier ils veulent me condamner. Ils veulent me mettre la poitrine en cage. Ils veulent m’attacher par mon désir. Ils veulent et moi j’sais pas.
Les mecs de mon quartier traînent à poil quand il fait chaud. Se vantent de leur peau brune, de leurs corps maigres et durcis, leur bouche grande et la langue brute.
Les mecs de mon quartier ils se défoncent toute la journée. À la bière, à la beuh, traînant au coin de la rue et parlant de tout et rien.
Les mecs de mon quartier sont beaux. Machitos, racailles, shlags et pauvres, guachines, au cœur battant, brut et féroce.
Ça c’est le cœur pauvre, bien pauvre, racaille, qui les défonce toute la journée. C’est ceux-là, les corps durcis à fond dans le coin de la rue qui traînent à poil quand il fait chaud. C’est ceux-là, les pibes se vantant de leur peau brune et à l’haleine de bière. C’est ceux-là, les mecs féroces de mon quartier. Ceux-là que j’aime.
Eux, ces brutes, ces gamins, tous. Ils veulent me condamner. C’est pour ça qu’ils traînent à poil quand il fait chaud. Pour me mettre la poitrine en cage.
C’est pour ça qu’ils se vantent de leur peau brune. Pour m’attacher par mon désir. Ceux-là. Ces racailles. Si beaux. Ils veulent m’attacher et moi j’sais pas.
C’est que j’aime tellement les voir.
Maigres, durcis, shlags, bruts. Si cons.
Si beaux. J’les aime.
Et je sais que je passerai ma vie à les admirer en mode taré. À fond. Amoureux.
Les pibes de mon quartier sont déterminés à pas me laisser partir. C’est pour ça ils traînent à poil quand il fait chaud. Pour que j’reste là à les regarder en mode taré. Parce qu’ils savent que la sueur qui les fait briller à l’heure de la sieste au coin de la rue c’est comme un phare pour moi.
Les pibes de mon quartier veulent me condamner mais moi j’sais pas. Mais je veux tout. Tous. Je veux les pibes de mon quartier et je veux aussi les autres. Tous.
Et c’est pour ça je peux pas rester condamné par les pibes de mon quartier. En cage juste avec les pibe de mon quartier. Attaché juste par les pibes de mon quartier. Moi je veux tout.
Tous.
Et je vais avoir la force d’aller chercher d’autres pibes. Oui. Parce que moi je les veux tous. Machitos. Racailles. Shlags et pauvres. Guachines. Bruts. Féroces. C’est pour ça je vais avoir la force d’aller les désirer tous. Tous ces pibes à la peau brune, aux corps maigres et durcis, à la bouche grande et à la langue brute.
Parce que je les aime tous. C’est pour ça je vais aller chercher tous ces pibes au cœur battant brut et féroce. Oui.
Les pibes de mon quartier sont beaux. Mais moi je sais qu’il y a encore plus de beauté dans d’autres rues. Dans presque toutes les rues. Même si les pibes de mon quartier sont comme un phare. Non. Moi je pars. Parce que les pibes de mon quartier sont déterminés à pas me laisser partir et moi… j’veux pas.
Je veux aller en chercher d’autres. Parce que je suis presque certain que y a un quartier quelque part, avec une rue quelque part, ou y a UN pibe, JUSTE UN PIBE, au cœur battant plus brut et plus féroce que tous.
Et moi je pars le chercher. Pour qu’il me condamne, pour qu’il m’attache par mon désir et me mette en cage, brut et féroce, dans sa poitrine.

Esclave

Goût de coke le matin
Goût de bière l’aprèm
Goût de larmes la nuit

Tu prendras qui dans tes bras quand tes larmes inonderont ton lit ?
Tu te drogueras avec qui quand tes larmes inonderont ton lit ?
Tu diras à qui je t’aime quand tes larmes inonderont ton lit ?

Goût de foutre le matin
Goût de faim l’aprèm
Goût de peine la nuit

Ma langue connaît chacune de tes saveurs.
Ma bouche est esclave de ta sueur.
Ma bouche est esclave de ta sueur.
Ma putain de bouche est esclave de ta sueur.

Aujourd’hui j’ai connu un mec beau

Aujourd’hui j’ai connu un mec beau
qui a l’air gentil et qui sourit comme le soleil.
Aujourd’hui j’ai connu un mec beau avec des yeux de lac et
un corps de flèche.
Aujourd’hui j’ai connu un mec beau qui me prend doucement dans ses bras
et me fait sentir en sécurité dans cet
enfer qui s’effondre.
Aujourd’hui j’ai embrassé un mec beau qui a l’air d’être bon pour moi.

Aujourd’hui la police a tué un mec beau que j’ai connu.
Un mec qui avait l’air bien et qui souriait comme le soleil.
Aujourd’hui la police a tué un mec avec des yeux de lac et un corps de flèche.
Aujourd’hui la police a tué un mec beau qui me prenait doucement dans ses bras et me faisait sentir en sécurité dans cet enfer qui s’effondre.
Aujourd’hui la police a tué un mec beau qui avait l’air d’être bon pour moi.

Aujourd’hui j’ai enterré un mec beau que j’ai connu.
Aujourd’hui j’ai enterré son sourire de soleil, ses yeux de lac et son corps de flèche.
Aujourd’hui j’ai enterré un mec beau qui me prenait doucement dans ses bras et me faisait sentir en sécurité dans cet enfer qui s’effondre.
Aujourd’hui un mec beau me manque.
Aujourd’hui je prierai son saint nom pour l’amour qu’on a vécu.
Aujourd’hui la police de merde a volé de mes bras un mec beau qui avait l’air d’être bon pour moi.

Les pibes que tu vois pas

Les pibes portent leur pauvreté en poussant un chariot.
Les pibes ramassent leur pauvreté en triant du carton.
Les pibes portent leur solitude
toute la nuit
parcourant les rues
portant et ramassant leur solitude… seuls, et tu les vois pas.

Les pibes que tu vois pas sont beaux, mec…

Les pibes portent leur pauvreté en poussant un chariot.
Les pibes ramassent leur pauvreté en triant du carton.
Les pibes portent leur beauté
toute la nuit
parcourant les rues
prenant et ramassant leur beauté… seuls, et toi
tu les vois pas.

Caillou

Quarante pesos
pour deux grammes.

Un mensonge
pour un amour.

Deux nuits
sans dormir.

Une bonne pipe.

En vomissant presque la dernière bière.

Je prends une dernière trace
et je me mets dans ton lit,
S’il te plaît, mon amour,
serre-moi fort
jusqu’à ce que le matin arrive.

CRIEZ PUTOS CRIEZ

Où sont les pédales - los putos - de ma race ? Où sont les mecs pédés qui rendent malade la patrie ? Où sont les miens ? Les pires. Les exclus, ceux qui dégoulinent dans les rues à provoquer le désir marika de chaque homme qu’ils croisent dans la vie. Où sont mes frères de vice ? Où sont mes camarades de rage ? Où sont mes compagnons de ruine ? Criez putos criez.

Version espagnole (Argentine)

Los pibes de mi barrio

Los pibe de mi barrio quieren condenarme. Quieren enjaularme el pecho. Quieren amarrarme del deseo. Ellos quieren y yo no sé.
Los pibe de mi barrio andan en cueros cuando hace calor. Alardean la piel morocha, el cuerpo flaco y endurecido, la boca grande y la lengua bruta.
Los pibe de mi barrio andan de gira todo el día. Tomando cerveza, fumando porro, junando la esquina y hablando giladas.
Los pibe de mi barrio son hermosos. Machitos, reos, negros cabeza, guachines con el corazón que les patea a lo bruto y a lo feroz.
Ese es el corazón negro, bien negro y cabeza, que los pone de gira todos los días. Esos, esos son los cuerpos endurecidos al palo en la esquina que andan en cueros cuando hace calor. Esos, esos son los pibes alardeando la piel morocha y el aliento de cerveza. Esos, esos son los pibe feroces de mi barrio. Los que amo.
Ellos, esos brutos, esos pendejos, todos. Ellos quieren condenarme. Por eso andan en cueros cuando hace calor. Para enjaularme el pecho.
Por eso alardean la piel morocha. Para amarrarme del deseo. Esos. Esos negros cabeza. Hermosos. Quieren atarme y yo no sé.
Es que me gusta tanto verlos.
Flacos y endurecidos, reos y brutos. Tan pendejos.
Tan hermosos. Los amo.
Y yo sé que pasaría la vida admirándolos como embobado. Al palo. Enamorado.
Los pibe de mi barrio se propusieron no dejarme ir. Por eso andan en cueros cuando hace calor. Para tenerme mirándolos como embobado. Porque ellos saben que el sudor que les brilla a la siesta en la esquina es como un faro para mi.
Los pibe de mi barrio quieren condenarme y yo no sé. Pero yo quiero todo. A todos. Quiero a los pibe de mi barrio y también los quiero a los otros. A todos.
Y por eso no puedo quedarme condenado solo a los pibe de mi barrio. Enjaulado solo con los pibe de mi barrio. Agarrado solo por los pibe de mi barrio. Yo lo quiero todo.
A todos.
Y voy a tener la fuerza de voluntad de irme a buscar otros pibe. Si. Porque yo los quiero a todos. Machitos. Reos. Negros cabeza. Guachines. Brutos. Feroces. Por eso voy a tener la fuerza de voluntad de irme a desear a todos. A todos esos otros pibe de piel morocha, de cuerpo flaco y endurecido, de boca grande y lengua bruta.
Porque yo los quiero a todos. Por eso me voy a ir a buscar a todos esos pibe a los que el corazón les patea bruto y feroz. Si.
Los pibe de mi barrio son hermosos. Pero yo sé que hay mucha más hermosura en otras calles. En casi todas las calles. Aunque en mi barrio los pibe sean como un faro. No. Yo voy a irme. Porque los pibe de mi barrio se propusieron condenarme y yo… yo no quiero.
Yo quiero irme a buscar otros. Porque estoy casi seguro que en algún otro barrio, en alguna otra calle, hay UN pibe, UN SOLO PIBE, al que el corazón le patea más bruto y feroz que a todos.
Y yo me voy a buscarlo. Para que me condene, para que me agarre del deseo y para que me enjaule, bruto y feroz, a su pecho.

Esclava

Sabor a merca por las mañanas
Sabor a birra por las tardes
Sabor a llanto por las noches.

¿A quién abrazarás cuando tus lágrimas inunden tu cama ?
¿Con quién te drogarás cuando tus lágrimas inunden tu cama ?
¿A quién le dirás te amo (comillas) cuando tus lágrimas inunden tu cama ?

Sabor a wasca por las mañanas
Sabor a hambre por las tardes
Sabor a pena por las noches.

Mi lengua conoce cada uno de tus sabores.
Mi boca es esclava de tu sudor.
Mi boca es esclava de tu sudor.
Mi puta boca es esclava de tu sudor.

Hoy conocí un pibe lindo

Hoy conocí un pibe lindo
que parece bueno y sonríe como el sol.
Hoy conocí un pibe lindo con ojos de lago y
cuerpo de flecha.
Hoy conocí un pibe lindo que me abraza suave
y me hace sentir seguro y firme sobre este
infierno que se derrumba.
Hoy besé a un pibe lindo que parece bueno para mi.

Hoy la policía mató a un pibe lindo que conocí.
Un pibe que parecía bueno y sonreía como el sol.
Hoy la policía mató a un pibe lindo con ojos de lago y cuerpo de flecha.
Hoy la policía mató a un pibe lindo que me abrazaba suave y me hacía sentir seguro y firme sobre este infierno que se derrumba.
Hoy la policía mató a un pibe lindo que parecía bueno para mi.

Hoy enterré a un pibe lindo que conocí.
Hoy enterré su sonrisa de sol, sus ojos de lago y su cuerpo de flecha.
Hoy enterré a un pibe lindo que me abrazaba suave y me hacía sentir seguro y firme sobre este infierno que se derrumba.
Hoy extraño a un pibe lindo que conocí.
Hoy rezaré en su santo nombre por el amor que hemos vivido.
Hoy la maldita policía me robó de mis brazos a un pibe lindo que parecía bueno para mi.

Los pibes que no ves

Los pibes llevan su pobreza empujando un carro.
Los pibes juntan su pobreza recogiendo cartón.
Los pibes llevan su soledad
toda la noche
recorriendo las calles
llevando y juntando su soledad… solos, y no los ves.

Los pibes que no ves son hermosos, wacho…

Los pibes llevan su belleza empujando un carro.
Los pibes juntan su belleza recogiendo cartón.
Los pibes llevan su belleza
toda la noche
recorriendo las calles
llevando y juntando su belleza… solos, y vos
no los ves.

Piedra

Cuarenta pesos
por dos papeles.

Una mentira
por un amor.

Dos noches
sin dormir.

Una buena chupada de pija.

Casi vomitando la última cerveza.

Me tomo una raya más
y me cruzo a tu cama,
Por favor, mi amor,
abrazame muy fuerte
hasta que llegue la mañana.

GRITEN PUTOS GRITEN

¿Adónde están los putos de mi raza ? ¿Adónde están los varones trolas que enferman esta patria ? ¿Adónde están los míos ? Los peores. Los aparta-dos, los que se escurren por las calles arengando el deseo marica de cada hombre que se cruzan en la vida. ¿Adónde están mis hermanos de vicio ? Adónde están mis camaradas de furia ? ¿Adónde están Iras compañeros de ruina ? Griten putos gri-ten.

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