TROU NOIR

Voyage dans la dissidence sexuelle

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Architectures de la dissidence sexuelle

Qu’est-ce qu’une architecture de la dissidence sexuelle ? Comment peut-on penser le corps, le désir, mais aussi la politique, si nous ne pensons pas également l’environnement dans lequel tout cela a lieu ? En partant d’une lecture de Dustan et Nietzsche, Nagy Makhlouf met en résonnance dans ce texte intime des pratiques architecturales émancipatrices des corps.

Coucher-manger

“Nous sommes : raves, backrooms, saunas, c’est cela la politique nouvelle” ; “J’aime l’esprit quand il passe-par-le-corps, c’est pour ça que j’aime l’architecture”. Ça me touche de lire ces phrases de Guillaume Dustan (1), dont je viens de terminer la deuxième trilogie avec le sentiment d’avoir enfin saisi ce qu’il appelle “la névrose de l’Occident” (2). Névrose, car “l’Occident” réprime ce qui, pourtant, met les corps en mouvement et les fait vivre : leurs désirs, plaisirs et pulsions. Face à cette névrose, Dustan parle du sexe comme de l’activité du corps-désirant par excellence, et de cette activité comme un manière d’interpréter et d’évaluer les cultures : “des mœurs, des pratiques, de la sociabilité humaine avec des gestes et des mots” (3). Quelles sont les cultures de corps épanouis, quelles sont celles de corps raides et épuisés ? Dustan fait de la dissidence sexuelle le point de départ d’une dissidence politique générale, pour l’émancipation des corps contre tout ce qui peut les dominer. Cette dissidence se fait aussi par des pratiques architecturales, dont je veux parler ici à partir de mon expérience.

L’architecture : là où l’on vit, couche, mange. Dustan dit s’inscrire dans la continuité de Friedrich Nietzsche (4), qui parle de l’alimentation comme de l’activité par excellence du corps qui incorpore, c’est-à-dire du corps qui, pour vivre et croître, fait rentrer en lui ce qui n’est pas lui et en garde la trace (5). C’est un corps marqué, historique, dont la mémoire le blesse et, en même temps, le rend capable de désirer ce qui n’a pas encore eu lieu. C’est à partir du corps-incorporant que Nietzsche élabore une manière d’interpréter et d’évaluer les cultures : quelles sont celles qui fortifient les corps en les exposant à tout ce qu’ils ne sont pas encore, et quelles sont celles qui les contraignent à faire du sur-place ? Ça me touche aussi de lire ces phrases de Nietzsche : “Nous voulons nous être traduits en pierre et en plante, nous voulons nous promener en nous-mêmes lorsque nous parcourons ces portiques (galeries) et ces jardins” (6), de lire toutes ces fois où il ramène la pensée à ses conditions d’élaboration qui sont corporelles, spatiales, architecturales (7). Bref : chez Nietzsche et Dustan, l’alimentation et le sexe sont des activités corporelles fondamentales à partir desquelles penser la vie et construire la dissidence. Ils disent : nous sommes des architectures ; je demande : quelles techniques architecturales peuvent favoriser l’émancipation générale des corps, qui aurait pour horizon l’identification du principe de plaisir au principe de réalité (8) ?

Lutter-draguer

Architecture et dissidence sexuelle : les collectifs queer d’architectes et d’artistes EXUTOIRE et NOGOODS (9), pointus et chaleureux, organisent le workshop “Dissident Publics” à Bergen (10) en Norvège. Ils m’invitent à discuter de “pratiques dissidentes en architecture qui s’appuient particulièrement sur leurs implications performatives pour s’émanciper du conditionnement hétéronormatif de nos villes”, à l’école d’architecture de Bergen. C’est en novembre 2022. À l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) (11), je fais un doctorat pour comprendre et contribuer à la réforme du produit le plus hétéronormatif de l’industrie de la construction, qui est aussi le plus demandé et possédé dans de nombreux pays (12) : la maison pavillonnaire et unifamiliale. Au printemps 2022, je participe à l’enseignement collectif du cours “DRAG(UE) : Performativité et environnement construit” (13). J’imagine la présentation que je vais donner autour de la DRAG(UE) et du doctorat comme les deux versants d’une approche performative, collective et dissidente de l’architecture. Cette approche, je la vois rétrospectivement comme une exploration de techniques architecturales et dissidentes du coucher-manger. Quand je commence à parler à Bergen, je cite Michel Foucault qui avait ouvert un cours (14) en s’adressant à qui “voulait lutter” dans son auditoire et en lui offrant “une analyse qui serait efficace en termes tactiques”. Entendre Foucault prononcer ces mots avec son intonation si particulière me donne toujours des frissons de jubilation ; je cherche évidemment à provoquer quelque chose de similaire chez l’auditoire.

Ensuite, je présente la DRAG(UE). À l’été 2021, Julien Lafontaine Carboni (15) m’invite à rejoindre l’équipe d’enseignement du cours qui est alors en train de naître. Julien a écrit une thèse sur les savoirs oraux et incarnés, les gestes et les mots répétés qui performent l’espace ; et a participé à l’organisation de l’exposition “Des corps dans la ville : architectures, féminismes et espaces construits”, à la Maison de l’architecture d’Île-de-France, à l’automne 2022. DRAG vient de Judith Butler et de son analyse de la culture drag comme révélatrice du caractère construit, répété – performé – du genre (16) ; et du DRAG Lab, un collectif de personnes de l’EPFL qui lutte contre les formes de domination qui s’y trouvent. UE est l’acronyme d’Unité d’Enseignement, un format de cours hebdomadaire à la carte. Drague, pour que le savoir rime avec désir et plaisir, et pas avec travail, soumission, compétition, immobilisation (17). Concrètement, que le cours soit une co-éducation entre corps enseignant et corps étudiant. On peut s’asseoir en cercle, par terre, sur des coussins, des tapis, s’allonger, manger, décider ensemble des modes de communication et d’évaluation, s’exprimer avec des fanzines (18) bricolés à plusieurs mains, sans souci de bien écrire et bien dessiner, mais plutôt d’écrire et de dessiner la vie (19). Il y a douze cours étendus sur un semestre ; chaque cours est organisé par un binôme différent de deux des personnes de l’équipe enseignante qui en compte six.

À Bergen, je parle du cours “Dé-construire le milieu”, que Claire Logoz (20) et moi-même avons organisé.

Pour son projet de diplôme, Scénographie du genre, Claire a imaginé une série de subversions de l’agencement hétéronormatif d’un immeuble bourgeois typique du centre-ville de Lausanne. Dans ce cours, nous avons demandé : d’habitude, où est-ce que vous mangez-cuisinez-dormez, comment, avec qui ? Pouvez-vous en parler et le montrer ? Est-ce que vous remarquez des manières de faire communes à ces expériences individuelles : des normes ? Je projette des scans du fanzine produit pendant ce cours : sur l’un d’eux, on peut lire : “DE LA PRISON À LA COLLECTIVISATION DES TÂCHES DOMESTIQUES”, collé à côté de photos de scènes de ménage stéréotypées, et de la couverture du livre The Grand Domestic Revolution de Dolores Hayden (21), publié en 1981. C’est à partir de lui que je parle ensuite de mon doctorat, que je pourrais aussi résumer comme : indicateurs tactiques pour poursuivre la grand domestic revolution, révolution du coucher-manger par des techniques architecturales, légales et financières.

Ville (non) sexiste

Dans ce livre, Hayden retrace une généalogie de projets émancipateurs inventés par des femmes autour de l’hypothèse suivante : si, de façon régulière et répandue, ce sont seulement les femmes qui font à manger et le lit à la maison et sans contrepartie, alors elles peuvent aussi en faire des activités publiques et rémunérées. Par exemple, à la fin du 19e siècle à Boston, Melusina Fay Pierce (22) propose d’enlever les cuisines des maisons individuelles et de créer une cooperative housekeeping center pour toutes les trente-six maisons, où la cuisine, la buanderie, la crèche, etc. deviendraient des services collectifs basiques ; où, comme dirait Hayden aujourd’hui, on y mangerait du “nutritious food instead of frozen pizza” (23). Dans les quartiers pavillonnaires marginalisés, on aurait moins de maladies chroniques qui sont en fait socio-spatiales, donc moins de personnes décimées par le Covid, donc une espérance de vie un peu moins basse que celle des bourgeois-blancs de centre-ville. Bref : Pierce ne s’adresse pas à un client potentiel, mais à un corps social en souffrance dont elle fait elle-même partie ; elle ne reproduit pas les catégories hétéronormées des habitudes de vie, mais les réinvente ; elle ne prescrit pas des bâtiments à faire construire, mais suggère de nouvelles relations socio-spatiales pour le coucher-manger. Le projet de Pierce suit un principe qui parcourt les projets de la généalogie de Hayden, celui de la démonstration. C’est-à-dire : démontrer les avantages et la faisabilité de nouvelles relations socio-spatiales, légales et financières, et le faire en quantifiant précisément le temps et l’argent qu’on épargnerait par rapport aux relations existantes d’un contexte donné. Comme démarches reproductibles, ces démonstrations ont une valeur scientifique qui part des habitudes de vie pour les transformer. Au contraire d’une science qui “manipule les choses et renonce à les habiter” (24), c’est une science dissidente et incarnée. À partir de cette généalogie, Hayden propose quelque chose à son tour : elle démontre ce que pourrait être un protocole de transformation des îlots pavillonnaires d’aujourd’hui, avec un changement progressif de leur relations fonctionnelles dans une même optique d’émancipation. Ce changement implique notamment une lutte juridique : réécrire ou bannir les lois qui contraignent à la famille nucléaire, à la bagnole, à la pelouse. C’est ce qu’elle appelle la “Non-Sexist City” (25).

La ville sexiste, c’est quoi ? Certaines techniques architecturales du coucher-manger contribuent à genrer les corps, les infantiliser et les rendre malades. Dans Surveiller et punir, Foucault écrit que le panoptique est “le diagramme d’un mécanisme de pouvoir ramené à sa forme idéale” (26), et le mécanisme de pouvoir en question, c’est le carcéral : cet ensemble de techniques de dressage des corps pour les rendre plus dociles, plus productifs et plus prévisibles. Je transpose sa phrase : la maison pavillonnaire unifamiliale est le diagramme de l’hétéronormativité ramenée à sa forme idéale. L’hétéronormativité ? Une culture qui empêche les corps de s’exposer à tout ce qu’ils peuvent être en les assignant à des places hiérarchisées. Les parents couchent dans une chambre au rez-de-chaussée, les enfants à l’étage. Les femmes font à manger dans la cuisine du rez-de-chaussée, qui n’est pas faite pour que tout le monde puisse participer à la préparation durepas (27). La famille nucléaire mange dans le salon, au rez-de-chaussée aussi. Si la table n’est pas ronde, les assignés hommes sont en bout de table. Différents gouvernements participent à imposer ce modèle de vie pavillonnaire au cours du vingtième siècle, qui hérite d’autres modèles d’habitation sexistes et classistes élaborés jusqu’alors (28).

Souffrances pavillonnaires

Pour comprendre les effets de ce modèle et s’y opposer, je pense qu’il faut partir des souffrances corporelles qu’il entraîne. Il y en a des connues : les violences conjugales, les maladies chroniques liées à la dépendance à la voiture (banlieues dortoirs), aux corps immobilisés, à la bouffe devant la télé. Il y en a d’autres moins connues : d’abord, le confinement dans la maison et la dépendance financière à l’homme, parce que l’éloignement des villes et de l’emploi pousse la personne du foyer qui gagne le moins – le plus souvent la femme – à renoncer à son emploi pour se consacrer aux enfants (29). Puis, l’angoisse et son lot de souffrances physiques liées à l’endettement immobilier systématique des familles sur des décennies. Plus qu’un simple problème de thune qui bousille les corps afro-américains aux États-Unis (30), c’est surtout un rapport au temps qui est en jeu : au lieu que le futur soit un temps d’incorporation de tout ce qui n’est pas encore soi, il devient un temps où les possibilités matérielles d’existence sont contraintes par le remboursement d’un prêt étalé sur une à trois décennies.

Ce que j’essaie de comprendre en ce moment, c’est si les politiques d’endettement lancées au vingtième siècle ont fait de l’architecture hétéronormative leur instrument privilégié. La ville sexiste comme individualisation de toutes les activités pour dépenser, extraire, produire et consommer à l’infini, toujours au-delà de nos moyens : un endettement systématique rendu possible par la capacité – récente (31) – des gouvernements à produire de l’argent à volonté, en particulier à travers les prêts immobiliers qui ont les taux d’intérêts les plus faibles, et qui incitent donc à s’endetter pour acheter et faire construire. Ces politiques d’endettement s’appuient sur des instruments légaux : la loi codifie la “famille” nucléaire, dont la répétition en gestes et mots – la performance – en fait une coutume, un fait social. Les structures légales et financières qui permettraient d’autres formes familiales peuvent être bannies pendant des décennies (32) ; celles qui veulent obtenir une assurance sur leur prêt doivent souscrire aux normes architecturales de la maison unifamiliale (33). Nous sommes : maisons pavillonnaires, pelouses, voitures ; papa-maman, adultes-enfants, blancs-racisés. C’est cela, la politique ancienne : le principe de souffrance. Je conclus la présentation en montrant ce que je fais avec mon ami Ruben Kharat (34) : un ensemble d’outils en ligne pour visualiser et quantifier l’implémentation des méthodes de The Grand Domestic Revolution dans les quartiers pavillonnaires. Une interface dissidente de visualisation qui croiserait des données en accès libre, géographiques, municipales, nationales, juridiques et financières, pour voir ce qu’on peut faire maintenant et ce qu’on pourrait faire en modifiant telle ou telle loi. Pour émanciper les corps vivants de l’hétéronormativité et de l’endettement somatisé.

Architectures-performances

Une personne de l’audience me demande pourquoi je fais tout ça. Première réponse attendue : contribuer à un renversement des structures socio-spatiales de domination. Seconde réponse : plaire. Je désire les personnes qui m’inspirent une émancipation, et je veux plaire à "cette personne généreuse qui offre un champ de vision et des ouvertures, qui inspire l’autre", comme le dit Kévin Blinderman (35) à propos de l’artiste désirable, dans un entretien avec Flora Citroën (36). Ce sentiment d’émancipation est viscéral, extatique, au sens étymologique de sortir de soi, d’incorporer cequ’on n’est pas encore. Une thèse, un article, une interface dissidente, est-ce suffisant, ou est-ce que ça reste seulement de la théorisation des techniques architecturales du coucher-manger ? Quand je pense aux architectures de dissidence sexuelle, je reste hanté par deux performances, celles de deux projets de fin d’études en architecture dont on n’a pas assez parlé.

D’abord, Ce que ça peut être de Maud Lévy et Antoine Vercoutère (37), été 2018. J’entre dans une salle obscure où est projetée une vidéo hypnotisante sur la prise en compte du corps comme réalité première et sensible à partir de laquelle parler d’architecture. J’écoute : “La perception est architecturale, l’architecture est une perception” dans un texte magnifique qu’accompagne une musique répétitive et immersive, et d’un montage de vidéos qui font corps avec le texte. Puis, la performance : un dispositif qui considère la perception corporelle de plusieurs personnes éparpillées, sa captation informatique, et sa restitution dans un espace où elles ne sont pas. Cette restitution se fait par une transposition des informations captées : à chaque activité captée correspond l’activation d’un objet connecté et agencé parmi d’autres dans un espace où ces personnes ne se trouvent pas, mais où je me trouve comme spectateur. J’écoute aussi : “Nos corps sont confrontés à la violence d’un cadre pensé sans eux. La considération d’un corps normé a donné lieu à un environnement homogène. Nous avons entrepris la décomposition des schémas conceptuels du projet d’architecture pour réintroduire la diversité du corps qui l’habite dès son origine.” Ces phrases se gravent en moi. Je vole le livre de Ce que ça peut être dans la salle de projection, j’en sors sonné, et je veux rencontrer Maud et Antoine.

Puis, Monument hystérique de Léa Brami (38), février 2020. Monument, car le corps garde la trace de ce qui l’affecte et porte une conscience historique ; hystérique, comme catégorie de déni de la colère des personnes assignées au genre féminin, comme outil d’assujettissement. Le titre identifie le corps vivant à une architecture qui retourne le stigmate comme revendication, comme organisme qui subit la violence de genre et se réorganise pour se réparer, se modifier et lutter. J’entre dans une salle-monde où tous les murs sont recouverts d’affiches et d’inscriptions qui explorent les relations corps-pouvoir-architecture, une salle qui m’englobe plutôt que d’être le réceptacle désincarné d’une collection d’objets. Léa ne présente pas un projet détaché d’elle mais fait une lecture performative du monument hystérique, qui s’incarne aussi par la vidéo d’un parcours virtuel dans une salle où sont agencés des artéfacts-interfaces “pour repenser son territoire somatique” (39). Puis, pour finir, une partie du corps étudiant, que je croyais spectateur comme moi, rejoint Léa pour une danse collective. Je suis : scotché, par la rage des performances, par la subversion du format traditionnel d’un diplôme d’architecture, par le questionnement en chair et en os de ce qu’on entend par “architecture”. Aujourd’hui, ça m’évoque de nouveau ce que dit Kévin Blinderman : “Ce qui est important c’est l’adresse que l’on donne à l’autre, à la fois comme personne et comme groupe social, pour moi l’échelle de valeur dans l’art elle est uniquement dans cetendroit-là. C’est la capacité à produire des rapports de confiance entre celui qui montre et celui qui regarde, qui tricote une sorte de société affective.” (40) Adresse donnée au corps étudiant que Léa côtoyait chaque jour en atelier, adresse qui produit des rapports de confiance entre l’architecte-artiste qui s’expose et les personnes qui regardent et rejoignent la performance, adresse qui fait de la présentation d’un diplôme le lieu d’une circulation d’affects (41) qui nous transforme ensemble.

Bref

Avec ce texte, je voulais mettre en résonance des pratiques architecturales hétérogènes – des mots, des collectifs, une conférence, un cours, un doctorat, des performances – pour offrir un champ de vision et des ouvertures sur ce que peut être la dissidence sexuelle. Pour Trou noir, parce que dans la rubrique “Archives par thèmes”, je n’ai vu ni “architecture”, ni “ville”, et je me suis dit que pour une revue aussi nécessaire, le voyage dans la dissidence sexuelle devait bien passer par de l’architecture. Avec Paul Beatriz Preciado, on voyage dans l’architecture comme outil de production du genre (42) ; on peut aussi en faire un outil pour tout être. Avec ce texte, je voulais parler de gens que j’aime, vivants et morts, leur envoyer des télégrammes. Et continuer à écrire sur l’architecture de manière stratégique pour : gagner, le cœur battant.

  1. Écrivain (et juge administratif) que je chéris. Guillaume Dustan, ŒuvresII, Paris : P.O.L, 2021.614, 568.
  2. Ibid., 395.
  3. Ibid.,195.
  4. Entre autres, Dustan a tourné une longue vidéo d’un entretien-monologue, Nietzsche, projeté en 2019 à la galerie Treize à Paris grâce au travail de Julien Laugier, Pascaline Maricôme, et Olga Rozenblum. De toutes les vidéos que j’ai vues de lui, c’est celle que je trouve la plus marquante.
  5. La philosophe Barbara Stiegler explique brillamment l’incorporation dans Nietzsche et la critique de la chair : Dionysos, Ariane, le Christ, Deuxième partie : s’exposer au lointain, Paris : Presses Universitaires de France, 2011. Voir aussi le croustillant Du régime philosophique :Nietzsche diététicien d’Arnaud Sorosina, dont les cours de philosophie sont les meilleurs que j’ai suivis ; Paris : éditions Manucius, 2019.
  6. Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, 280 : Architecture des hommes de connaissance, traduit par Patrick Wotling, Paris : Flammarion, 2020. Le livre qui m’a fait bifurquer pour la première fois, quitter l’hypokhâgne du même lycée où Dustan, Michel Foucault et Barbara Stiegler ont fait la leur.
  7. J’ai d’ailleurs croisé ce livre que je n’ai pas encore lu : Nietzsche and ’an Architecture of Our Minds’édité par Alexandre Kostka, Irving Wohlfarth, Ann Arbor : University of Michigan, 1999.
  8. C’est dans une lettre de Michel Foucault que je trouve cette idée pour la première fois, reproduite par Mitchell Dean et Daniel Zamora dans The Last Man Takes LSD, Foucault and the End of Revolution, New York : Verso, 2021.Ces principes sont originaires de la psychanalyse freudienne : la recherche instinctive de plaisir qui guide l’ego, en rapport avec le principe de réalité qui consisterait dans le report des gratifications immédiates pour obtenir des plaisirs plus durables.
  9. EXUTOIRE : Bùi Quý Sơn et Paul-Antoine Lucas ; NOGOODS : Danja Burchard et Maike Statz. Très belle rencontre.
  10. La ville où Burzum a enregistré Filosofem, album adoré de black métal norvégien.
  11. Pour les fans : Dustan se fait larguer par Nicolas Pages à Lausanne, raconté dans Nicolas Pages, toujours dans les Œuvres II ; Nietzsche aurait fait des balades quotidiennes de six heures autour du lac Léman selon Frédéric Gros, dans Marcher : une philosophie, 26, Paris : Flammarion, 2019.
  12. Comme la France et les États-Unis. Je me base sur le livre de la sociologue Anne Lambert, Tous propriétaires ! L’envers du décor pavillonnaire, Paris : Seuil, 2015 ; et sur les données gouvernementales américaines via le US Census Bureau.
  13. Pour le cours donné en 2022, l’équipe enseignante se composait de Marion Fonjallaz, Morgane Hofstetter, Julien Lafontaine Carboni, Gianna Ledermann, Claire Logoz et moi-même.
  14. La première leçon de Sécurité, territoire, population, au Collège de France en 1977.
  15. Architecte-écrivain, superbe interlocuteur auquel je tiens, collègue à l’EPFL, ancien de Malaquais où j’ai étudié aussi.
  16. Le désormais classique Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity, Londres : Routledge, 1990.
  17. Je crois que Foucault parle d’une “érotique du savoir” dans un entretien donné à Radioscopie en 1975 et disponible sur YouTube. Quentin Dubois - philosophe - doit en savoir plus que moi.
  18. Nous avons pensé le recours aux fanzines comme un prolongement direct des pratiques féministes des riot grrrls à Olympia, Washington, au début des années 1990.
  19. Je paraphrase Dustan, ibid., 282.
  20. Architecte distinguée et cultivée, collègue et enseignante à l’EPFL, qui a une pratique commune avec Bastian Marzoli sous le nom de detritus.
  21. Architecte-écrivaine américaine, autrice d’une œuvre très importante et encore trop méconnue dans le monde francophone.
  22. Activiste féministe américaine, pionnière du logement coopératif, active à Cambridge, la partie WASP élitiste de Boston.
  23. Intervention de Dolores Hayden à l’EPFL le 9 mai 2022.
  24. Au début de L’œil et l’esprit de Maurice Merleau-Ponty, Paris : Gallimard, 1964.
  25. Dolores Hayden, « What would a non-sexist city be like ? Speculations on housing, urban design, and human work », Chicago : The University of Chicago Press, 1980.
  26. Voir : Discipline, Le panoptisme, page 239, Paris : Gallimard, 1975.
  27. Je renvoie à la généalogie des rapports entre cuisine et position sociale des femmes de Catherine Clarisse, Cuisine, recettes d’architecture, Paris : Éditions de l’imprimeur, 2004. Il y a cette phrase lapidaire dans le livre : “Et Corbu créa la femme” ; Corbu pour l’architecte-écrivain Le Corbusier.
  28. Ibid.
  29. J’ai appris ça en lisant Anne Lambert, op. Cit.
  30. Voir The New Haven Debt Map, un projet de recherche d’Annie Harper et Tommaso Bardelli sur les liens entre endettement et santé dans la ville de New Haven dans le Connecticut, un état où les structures de discrimination raciale restent particulièrement fortes.
  31. Sur ce point, je renvoie à un livre qui a changé ma vie, The Fiat Standard de l’économiste palestinien Saifedean Ammous, auto-publié en 2021.
  32. En France, la loi Chalandon de 1971 suspend l’existence légale des coopératives de logement, jusqu’à leur réactivation en 2014 avec la loi ALUR.
  33. Je renvoie notamment à l’architecte-écrivaine Keller Easterling, ma plus grande influence en théorie de l’architecture, et son livre Organization Space : Landscapes, Highways, and Houses in America, Subdivision, New York : Penguin Random House, 2001.
  34. Architecte avec qui j’ai étudié à Malaquais. Ruben a écrit Vers une pratique critique du bois, un mémoire impressionnant pour penser l’avenir du matériau sans greenwashing ni nostalgie. Anarchiste, autiste, tellement intelligent, refus catégorique de toutes les formes de domination, grand interlocuteur.
  35. Artiste. Je ne connais personne qui parle de l’art de manière aussi intéressante, obsessionnelle, partiale et passionnée, et de manière générale je ne connais personne qui lui ressemble. Je pourrais l’écouter pendant des heures. Ami du commissaire d’exposition Pierre-Alexandre Mateos, qui a participé à l’important Cruising Pavillon de la Biennale de Venise de 2018. Mais surtout : a partagé sa vie avec l’artiste Paul-Alexandre Islas pendant quinze ans, la personne qui m’a appris à vivre, grâce à qui j’ai bifurqué de la voie bourgeoise-assise, qui m’a fait rencontrer Kévin et tellement d’autres gens incroyables, qui a toujours cru en moi, une personne indispensable sans laquelle je ne me sens pas à la maison, personne-monde, la plus exploratrice que j’ai rencontrée dans ma vie, la première que j’ai connue à faire du principe de plaisir un principe de réalité, la plus belle.
  36. Toutes les citations de Kévin proviennent de cet entretien, I feel love, pas encore publié, imaginé et monté par la rayonnante Flora, artiste.
  37. Un couple inspirant et très attachant, études à Malaquais, j’aimerais les voir plus souvent.
  38. Rencontre décisive qui donne envie de tout défoncer.
  39. Description du projet dans un post du compte Instagram de Léa, @528405_
  40. I feel love, op. Cit.
  41. J’emprunte cette formule à Barbara Stiegler. Elle l’a prononcée à plusieurs interventions publiques.
  42. C’est sa thèse Gender, Sexuality, and the Biopolitics of Architecture : From the Secret Museum to Playboy, Princeton, 2013, quand il sortait avec Virginie Despentes…

Biographie : Nagy Makhlouf, architecte-écrivain originaire de Paris et né au milieu des années 1990, doctorant à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, collabore avec les laboratoires ALICE et RIOT.@power.and.space

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