« Nous sommes une contradiction interne à la société »

Interventions historiques lors d’une assemblée du FHAR au printemps 1971 immortalisées par Carole Roussopoulos.

publié en 28 MARS 2021, dans le numéro TREIZE

Des assemblées du FHAR à l’école des Beaux-Arts, nous héritons d’une mythologie radicale et scandaleuse. Et pourtant, malgré les détails fournis par les « anciens », la teneur de ces moments nous reste largement inconnue. On a beaucoup entendu parler des Gazolines pourchassant de leur courroux les visages influants, des quasi-orgies dans les couloirs ou des séances psy collectives. Alors que Françoise d’Eaubonne rappelait à notre mémoire que le FHAR était avant tout un groupe d’action, c’est une vidéo de Carole Roussopoulos qui vient en partie répondre à nos interrogations concernant les assemblées.
Habitués que nous sommes aux assemblées généralistes des syndicats, ou à celles « bureaucratisées » des universités, nous ne devons pas croire, avec trop de facilité, connaitre cette situation dont témoigne Carole Roussopoulos. Comment réussir à exprimer le courage d’être là en présence et d’entendre dans la bouche d’une autre ce que l’on peut ressentir de plus intime ? De s’affirmer homosexuel à une époque où cela provoquait immanquablement humiliations et ratonnades.
Accompagnant les luttes de la décennie rouge, Carole Roussopoulos, caméra au poing, ne produit pas de film, mais fournit aux anonymes l’occasion de s’exprimer. Non pas à la manière d’un documentaire, mais dans l’égalité des regards, dans cet espace des luttes où chacun est un camarade. Documentation pure, cette vidéo est une archive de premier plan transcrivant l’importance d’un développement stratégique dans les discours, de visages incarnant paroles et idées, de mises en jeu.

« Les pédés dans la rue ! »

« Nous sommes un fléau social ! »

« A bas les phallocrates ! »

Nous voulions faire quelque chose d’assez différent de ce qui existait des mouvements homosexuels. Jusqu’ici il n’y avait eu que la constitution d’un certain nombre de ghettos. Très peu en Europe, mais enfin, pas mal en Amérique. Ghettos genre : dancing, endroit ou on peut faire des rencontres pour baiser, mais surtout un endroit ou enfin nous libérons les rues au lieu de montrer notre sexualité dégoutante, autant que nous soyons parqués.
Ça, ça ne nous plaisait pas. Ce que nous avons voulu, c’est avoir un contact avec les autres. Ce qu’on nous refusait. Et justement nous nous sommes demandé pourquoi on nous refusait ce contact ? Pourquoi nous ne pouvions pas parler avec les gens ? Évidemment l’habitude de ne pas parler faisait que nous n’y arrivions pas d’ailleurs au début. Pourquoi est-ce que l’on nous empêche de parler avec les gens, de nous expliquer et même de les agresser comme eux même nous ont agressés ? C’est parce que nous l’avons vu, nous sommes une sorte de contradiction interne à la société. Comme les autres, nous naissons de la famille hétérosexuelle bourgeoise avec son système d’éducation : les femmes élevées en vue de la procréation, et les hommes pour être des mâles inséminateurs phallocrates. Nous évidemment c’est différent. L’homme et la femme ne sont pas égaux dans le couple c’est connu ! La femme n’est pas égale économiquement, elle est faite surtout pour langer les marmots, pour repriser les chaussettes de son mari. Résultat : deux hommes et deux femmes au contraire, ça peut être l’égalité. À condition bien sûr qu’ils ne se mettent pas à singer le couple hétéro. Le couple hétéroflic dans notre vocabulaire. C’est-à-dire le couple ou il y aura un gars qui dirigera et l’autre qui fera les travaux ordinairement réservés à la femme. De même pour les femmes, il y aura possibilité d’égalité. D’une entente physique qui repose sur une connaissance des désirs de la femme, bien supérieurs à pas mal de mecs. Mais là aussi, il faut que la fille se méfie de ne pas mimer le couple hétéro, qu’il n’y ait pas un jules et une femelle accroupie, etc. Nous étions toujours confrontés avec une morale, avec une morale qui n’est pas pour nous puisqu’elle est la morale de la famille bourgeoise hétérosexuelle dont notre existence est la preuve d’une sorte de contradiction interne. Faut pas insister trop là-dessus aussi, mais quand même.
Nous ne nous reproduisons pas. Par conséquent nous ne perpétuons pas les biens de la bourgeoisie. L’héritage avec nous, c’est foutu ! Y’en a plus.
Bon de toute façon ce que nous reprochent surtout les hétérosflics, c’est évidemment que ce soient eux qui nous ont fait. Et qui nous ferons encore. Et qui nous ferons des petits. Etc.
Cette morale ne nous convient pas.
La structure de base de la société, la famille ne nous convient pas !
La société donc ne nous convient pas non plus !
Par conséquent, la seule position politique possible est une position révolutionnaire.
Mais alors problème. Nos rapports avec les différents partis de gauche, les groupes gauchistes tout ce que vous voulez de toute façon pour nous c’est à peu près dans le même panier par rapport à l’homosexualité. C’est à dire que dans les groupes gauchistes ou ailleurs, de même que les femmes sont toujours traitées comme des êtres subalternes et inférieurs, les homosexuels également. C’est pour cela d’ailleurs que nous nous regroupons entre homosexuels. Évidemment, il y a parmi nous des bisexuels. Et le problème s’est posé, dans le cadre de la répression sexuelle, pourquoi ne défendez-vous pas plutôt la bisexualité ?
Et bien d’abord parce que c’est une chose qui est facilement récupérable. Aussi bien au niveau des gars que des filles. Après tout, si un gars est capable de quand même baiser de temps en temps une femme, ça prouve qu’il est quand même un mâle. Bon pour une fille, si elle baise de temps en temps un gars, ça prouve que simplement elle est un peu plus vicieuse que les autres, donc encore plus désirable pour les mecs.
Par conséquent parmi nous, même ceux qui pratiquent la bisexualité, ce que nous revendiquons tous c’est l’homosexualité et rien d’autre. Disons que c’est une tactique qui correspond au moment de notre lutte qui est à ses débuts.
D’une part ces toutes ces idées-là d’abord qui nous ont réunis, et sur laquelle nous sommes très fermes. Il est évident qu’il n’est pas question de recruter tous les homosexuels sans distinction. Que nous ayons parmi nous, de même qu’il y a des hétéroflics, des homoflics réformistes. Pas question.
L’adaptation, nous n’en voulons pas. Cela sous-entendrait que nous pensions que la société bourgeoise peut admettre l’homosexualité. Nous ne le croyons pas. Pas plus d’ailleurs qu’elle admette la sexualité libre, quelle qu’elle soit. Tout au plus, admettra-t-elle à la rigueur la pornographie. En tous cas la pornographie c’est toujours pareil, c’est pour les bourgeois plein de frics et surtout c’est pour les hommes.
Donc rien pour nous. Nous ne voulons pas faire un nouveau ghetto non plus. Faire un rassemblement de troupeaux pour nous serrer entre nous. Nous voulons agir, d’où justement, notre participation au défilé du 1er mai. D’autres actions qui suivront. Il y a eu bien entendu les articles que nous avons faits dans TOUT ! [1] qui explicitait aussi un certain nombre de nos positions, et je ne suis pas représentative le moins du monde. D’ailleurs personne n’est représentatif. Nous ne sommes pas un groupement bureaucratique avec des structures hiérarchisées, absolument pas. Ce qui fait que je ne peux rien vous dire sur l’avenir. Là, je vous ai raconté nos idées. Ce que nous avons fait grosso modo vous avez pu le voir dans TOUT ! et en suivant ce film, mais je ne peux rien vous dire de ce que nous ferons ensuite parce que je ne suis pas représentative. Et que c’est aux camarades, à en décider, à en parler dans les AG que nous avons tous les jeudis aux beaux-arts de 6 à 8.

« Flics, fascistes, assassins ! »

« Les pédés, avec nous, dans la rue ! »

Si un homosexuel homme éprouve le désir d’être baiser par un autre homosexuel homme ça ne veut pas dire du tout qu’il se considère pour ça comme inférieur. C’est vraiment coller le langage social sur le désir. C’est considérer que le désir s’exprime toujours sous la forme des rapports de force institués par la bourgeoisie. Ce n’est pas du tout la même chose les rôles sexuels, tel que tu peux les vivre quand tu couches ou quand tu aimes quelqu’un, ou quand tu aime plusieurs personnes, et les rôles sociaux que l’on a imposé à la sexualité. C’est-à-dire le fait que l’on désire soit être baisé, soit baiser, soit successivement les deux, soit les deux en même temps et tout ça, ça n’a rien avoir avec le fait de se considérer comme supérieur ou inférieur. Ça n’a avoir que dans la mentalité bourgeoise. Alors je ne vois pas du tout comment ça pourrait être générateur de plaisir l’idée de se dire que l’on est inférieur en particulier. Selon moi ça ne peut être que générateur de gêne ou de frigidité. Et de même l’idée d’être supérieur, c’est vraiment le sentiment bourgeois le plus réactionnaire qui d’ailleurs te cache tous les plaisirs. Parce que l’idée de supériorité était liée au rôle de mâle. Alors en particulier pour les hommes, il est effectif que la plupart des hommes ne sont pas homosexuels précisément parce qu’ils ont l’impression qu’ils remettraient en question leur supériorité de mâle. C’est-à-dire s’ils se faisaient baiser. Et bien précisément ce que nous on essaye de montrer, ce que l’on montre pratiquement, c’est que l’on éprouve un très grand plaisir aussi bien à se faire baiser, qu’a baiser. Que l’on veut détruire les rôles en tant qu’ils entraient des relations de pouvoir. Que pour détruire ces relations de pouvoir il va falloir que l’on commence par introduire la relation de pouvoir avec tous les gens qui ont le pouvoir pour l’instant. C’est-à-dire l’ensemble de ce qu’on appelle nous les hétéros. Dont un certain nombre d’entre eux sont des hétéroflics au sens ou ils veulent imposer leur morale à tout le monde. Mais je ne pense pas du tout que les relations sexuelles sont nécessairement des relations de pouvoir. Les relations d’amour sont nécessairement « des relations de pouvoir et d’oppression » ça me parait vraiment une théorie complètement réactionnaire.

Moi il me plait de me foutre à plat et de me faire baiser… bon je ne suis pas libéré encore et bon, justement le FHAR j’espère va m’en libérer ! Mais oui, c’est vrai. Ya pas à mentir. Je ne suis pas libéré à ce niveau-là. Mais je sais très bien que ce rôle, je peux me l’appliquer parce que j’ai chez moi un désir en creux autant qu’un désir en plein. Et ce n’est pas la société qui a à me l’imposer. Si la société m’a imposé d’être un fort à bras, et bien j’en ai ras le bol d’être un fier-à-bras. C’est tout ! Parce que le bon rôle sexuel, il n’est pas applicable sur le rôle social. Ce n’est pas vrai !

Militant dans un certain nombre d’organisations, la fille avec qui je vivais est entrée au MLF. Et c’est à partir du moment où elle est entrée au MLF, ou il y a eu une remise en question complète de moi-même. Tu comprends bien que le problème du centralisme démocratique, le problème du parti révolutionnaire et tout ça, c’est dépassé depuis très longtemps, chez un certain nombre de personnes, qui arrivent justement au contact de camarades que ce soit des hommes ou des femmes qui ont déjà réussi à dépasser ce stade de la débilité gauchiste, que l’on appellera la débilité gauchiste, de pouvoir enfin se remettre en question d’une autre manière. Et ça, c’est très difficile. C’est des choses que l’on n’arrive pas à faire, d’une part, tout seul. Ce sont des choses aussi que l’on ne peut pas faire d’une manière comme tu dirais naturelle. Parce que la nature, en général, n’est pas descendue comme ça du ciel. Elle est faite parce qu’il y a des rapports de production, parce qu’il y a des rapports dominants dominés à l’intérieur du couple, etc. Et ces trucs-là crois moi, ça peut ronger des personnes pendant un certain temps.

INTERACTION

Et crois-moi à la manif du 1er mai ça faisait un an et demi que je n’allais pas en manifestation et s’il n’y avait pas eu le FHAR, je n’aurais pas su où me mettre. Et pourtant je ne suis pas homosexuel au sens ou tu pourrais l’entendre. Je peux assumer de dire « rapports homosexuels », c’est déjà un premier pas. Je crois que je sais déjà en moi-même, j’ai un fond de conscience de sexualité et d’amour même qui est homosexuel. Je le sais parce que j’ai eu des expériences dans ma plus petite jeunesse, disons de rapports homosexuels, et que ces rapports je les ai complètement frustrés au moment où j’ai commencé à connaitre des femmes. Ensuite, pendant 10 ans de ma vie j’ai continué à coucher d’une manière tout ce qu’il y a de plus bourgeoise et tout ce qu’il y a de plus réactionnaire avec des femmes…

RIRE

Je vois effectivement que ça continue. Bon et au moment ou j’ai commencé à connaitre les copains du FHAR que j’ai connu bien après les copines du MLF, eh bien j’ai trouvé une place. J’ai trouvé une place effectivement dans cette manif. Parce que je n’y serais pas allé s’il n’y avait pas eu le FHAR. Bon alors comment aussi le l’ait ressenti ? Je crois que c’est un peu important. Il y a d’autres copains qui sont là qui était à la manif et qui ont défilé avec le FHAR ou avec le MLF. Je crois que c’est la première fois que l’on s’est un peu marré. Parce que vraiment c’était horrible à côté ! Tu revois les anars se pointer en voulant essayer de faire chier le monde parce qu’effectivement ils arrivent à faire chier un certain nombre de types qui ont des conceptions politiques plus ou moins rigides, mais des mecs comme nous ils ne peuvent pas le faire parce qu’on leur foutait la main au cul.

RIRE

Les types qui nous ont dit : mais vous n’êtes pas homosexuels il y a des femmes avec vous. Pendant la manif. Les lesbiennes étant ici ramenées totalement encore plus au rôle d’objet. Parce qu’avec nous, elles n’étaient pas homosexuelles.
La bourgeoisie peut aspirer aussi à donner un rôle aux homosexuels. Il y a le mythe de l’homosexuel qui est… Enfin je me rappelle l’autre jour quand on distribuait des tracts avec le FHAR devant une boite, ya des gars qui ont vu des barbus distribuer des tracts homosexuels et qui ont dit : « hahaha vous n’êtes pas homosexuels vous, ce n’est pas possible ! ». C’est aberrant. Il y a vraiment le mythe de l’homosexuel qui est assimilé justement au rôle social, c’est-à-dire l’homme faible, l’homme qui n’est pas l’homme. C’est-à-dire l’homme qui est en dehors de la classe des forts. La notion de force et de faiblesse, c’est aberrant quoi ! Des réactions comme ça, ça prouve que le problème est vachement aigu.

Les deux folles, qui sont très chouettes, qui étaient devant, qui ont vraiment été notre porte-drapeau pendant toute la manif, j’ai vraiment compris que c’était eux qui dérangeaient les gens, c’était eux qui représentaient les gens les plus subversifs par rapport à la morale hétéroflic.

Parce que dans le mouvement des homosexuels, ya toujours ceux qui disent « ah, mais il ne faut pas que l’on s’associe aux folles parce qu’ils vont nous porter tort, ce n’est pas la peine tu vois…

RÉPONDANT A QUELQU’UN DANS LA SALLE...

En quoi ce n’est pas révolutionnaire ? Tu donnes un rôle aux femmes et un rôle aux hommes.

C’est clair pourtant. Briser les rôles sexuels c’est révolutionnaire. Revendiquer un rôle qui est considéré comme inférieur, qui est celui de la femme, peut être utilisé de façon révolutionnaire. Et les folles peuvent le faire. Parce que les folles ne sont pas tous préoccupés de maquillage, etc. Pas plus que toutes les femmes ne sont pas des êtres frivoles et pouponnant. C’est tout ! On peut être un mâle et avoir une queue et se conduire comme une femme inférieure et considère, bien entendu, que ce n’est en rien inférieur. Au contraire que c’est supérieur à être un hétéroflic père de famille.

(…) sexuel comme réclamer l’avortement par exemple pour les femmes, c’est forcement révolutionnaire. Ça peut être récupéré, c’est vrai, comme en Allemagne, si on peut appeler ça de la récupération…

RIRE

… mais c’est forcément révolutionnaire dans le sens ou ça remet en cause complètement les valeurs morales bourgeoises qui sont au fondement de la société. C’est-à-dire la famille, la production des enfants à la chaine, etc etc. Tout un processus, et être homosexuel, c’est être forcément révolutionnaire tu comprends ?
Comme je suis contre le marxisme simplificateur, je suis contre, bien qu’il y ait beaucoup de monde et que c’est peut-être difficile de discuter parce qu’il y a beaucoup de monde, je suis contre les arguments simplificateurs. Quand tu poses comme une affirmation, après tout, on est dans un département de philo, que homosexualité correspond à révolution, je te dirai que c’est quand même une affirmation qui est bien dans un meeting au niveau de la rhétorique, mais que c’est quand même un peu simple. Je parle, mettons des cent dernières années. Rien n’empêche à un certain nombre d’artistes, je pense à Cocteau, je pense à Marais, des gens d’abord extrêmement épanouis, d’être homosexuel, d’être des gens très bien, mais qui sont parfaitement des écrivains, et des poètes et des décorateurs bourgeois. Donc, où on fait un meeting et on y va gaiement dans leurs arguments ou on essaye d’affiner un peu. Ton argument, moi je souhaiterais que tu développes ta pensée jusqu’au bout, parce que quand tu t’arrêtes là, ça m’est très insuffisant, ça ne me satisfait pas, si tu veux.

Le problème des homosexuels affirmés tels Cocteau, Gide, etc, n’est qu’un problème de mystification encore parce que ces gens-là ont réservé l’homosexualité à une élite. La mafia des homosexuels. Les homosexuels riches, les homosexuels intelligents, les homosexuels qui peuvent défendre ce qu’ils ont dans les tripes, mais en fait, quand on regarde, dans le dernier numéro de TOUT ! ça y est, ce sont les homosexuels ouvriers qui se font embarquer. Ce n’est pas ceux qui ont de quoi à se payer un petit micheton au drugstore, ce n’est pas vrai. Et c’est là ou on rejoint un problème.

DÉBAT

L’homosexualité révolutionnaire maintenant, tu parles de subtilité puis tu prends l’exemple des cent dernières années comme si rien n’avait changé. Ce que je pense c’est qu’il y a cent ans, d’abord, personne n’aurait eu l’idée de faire un mouvement de libération des homosexuels, contre la famille, etc. Ce n’était ni dans l’idée de Cocteau, ni dans l’idée de Gide, ni dans l’idée de qui que se soit de ce genre-là, l’affirmation publique de l’homosexualité. Ne confondons pas. Marais il n’a jamais un type de déclaration, ça aurait été marrant et je pense que ça aurait eu un effet bœuf s’il avait fait un type de déclaration publique dans laquelle il aurait dit : je joue par exemple des rôles au cinéma, de mecs braves, de d’Artagnan ou je ne sais pas quoi, de don Juan, et je me fais enculer et ça me fait du plaisir. S’il avait dit ça, ça aurait effectivement fait un boum, je ne dis pas que ça aurait été une révolution, mais je dis que ça aurait foutu mal à l’aise et que d’ailleurs la cote de ses films serait descendue comme ça.

L’affirmation publique de l’homosexualité, en tant qu’on la revendique pour tout le monde, pas simplement pour une élite artistique en tant qu’on ne la cache pas derrière la forme poétique, derrière la forme littéraire, etc. Qu’on la fait sur la place publique comme un problème que l’on ressent directement ça n’a rien à voir avec l’aveu honteux, plus ou moins complice entre bourgeois au moyen de la littéraire plus ou moins avec des sous-entendus, etc. Ça n’a rien à voir, vraiment.

Quand je disais que c’est récent, je veux dire que dans l’histoire de France c’est un moment très récent ou l’homosexualité à pris une place à part. Parce qu’après tout, le frère du roi et beaucoup de gens dans l’aristocratie, ça n’a jamais posé de problèmes. C’est la bourgeoisie en tant que telle, avec la division sociale du travail, avec la création de la famille, etc qui a imposé ce type de valeur. Alors je ne dis pas que c’est un problème éternel qui est né depuis 2000 ans. C’est un problème récent, donc historique qui peut être combattu historiquement et politiquement. On est bien d’accord avec toi s’il y a une organisation politique.

Je pense que l’on ne va pas se contenter de dire que c’est la bourgeoisie qui réprime les homosexuels. Je pense que c’est des tas de trucs qui remontent à la religion, au christianisme et tout ça, c’est bien plus ancien. Et qu’effectivement c’est la bourgeoisie qui le porte actuellement c’est elle que l’on va démolir, mais que c’est vraiment tout ce qu’elle trimballe avec elle qu’on va démolir c’est vraiment tout le passé. Et qu’il y en a lourd.

L’exemple de Castro c’est l’exemple le plus énorme. Les pédés ont été en prison, parait-il qu’il a changé d’avis sur la question ce qui lui permet aujourd’hui d’emprisonner les poètes, mais enfin ça c’est autre chose. Mais en URSS c’est la même chose. En URSS c’est réprimé. Quant à la position de la Chine, on n’a pas tellement de renseignement, mais ça ne parait pas très clair. En tous les cas l’homosexualité se développe énormément en Chine et à un moment ou à un autre, Mao et compagnie auront à prendre position là-dessus.

Le gouvernement comme il y a actuellement en France, qui est un gouvernement de type bourgeois libéral. Si monsieur Schumann acceptait de dire sur la place publique qu’il est homosexuel comme il l’est en vérité, il remet en cause forcément les valeurs qui font que monsieur Maurice Schumann est un dur, est un fier-à-bras qui a le droit de commander les autres, et en s’affirmant homosexuel, il remet le problème à son juste niveau, il pourrait rétablir, ce serait déjà un embryon de rétablissement d’une société plus équitable. Ne serait-ce que ça. Ce serait donc un acte révolutionnaire. Bon, monsieur Maurice Schumann fait partie d’une certaine bourgeoisie, il est homosexuel dans un gouvernement bourgeois, donc je suis homosexuel je me tape les hommes que je veux dans mon plumard, mais en fait sur la place publique ce n’est pas vrai. C’est le système de l’hypocrisie. Et le système de l’hypocrisie ça rentre dans le système bourgeois.

Il y a la statistique du ministère de l’Intérieur sur la condamnation pour homosexualité, c’est-à-dire soit outrage à la pudeur avec des personnes du même sexe, soit détournement de mineur du même sexe, et bien il y avait 143 ouvriers sur 300 condamnations pour l’année 67.

Le bon bourgeois plein de fric c’est simple il paiera, s’il a un emmerdement il paiera c’est simple. Celui qui travaille à l’usine il fermera sa gueule s’il est pédé on le virera. C’est simple comme truc. C’est une question de fric c’est comme l’avortement de toute manière. Qui est-ce qui se fait avorter en grande majorité ? Avant c’était les bourgeoises c’est pareil. Les ouvrières non parce qu’elles n’avaient pas de fric. C’est pareil. C’est un problème de fric en gros. Mais il n’y en a pas plus, si tu veux intrinsèquement il y en a autant dans toutes les couches ce n’est pas une question de classe.

RIRE

(…) camarade a dit : moi j’ai participé à la fabrication du numéro de TOUT ! et il a dit qu’il y a eu des résistances ou des ricanements et je voudrais savoir comment (…) quand je dis « je » je pense que ça intéressera beaucoup de gens, c’est un acte public, c’est un acte assez étonnant. C’est une des premières fois que ça existe. Comment ils ont pensé à ça ? Comment ils sont allés persuader les gens de TOUT !? C’est un numéro, je crois, qui est très lu. Quelles ont été les réactions et quelles sont les actions prochaines que ce soit à TOUT ! ou ailleurs qui sont envisagés, puisqu’il y a une sorte de dynamique qui a été créée à partir de ça.

Bon j’étais à VLR depuis longtemps et il y a un truc assez frappant. Moi je n’ai aucune gêne à le raconter maintenant. C’est qu’il y a un an, à VLR il était question que j’aille militer dans une des unités de VLR puisque c’était une organisation, et cette unité c’était FLINS. Et que les camarades de FLINS quand ils ont appris que je devais aller militer à FLINS ont dit : un pédé, il n’en est pas question. Moitié d’entre eux disant « bon ce n’est pas qu’on soit contre, mais ça choquera les ouvriers » jouant leur rôle d’écran entre les ouvriers et les pédés comme si tu vois je n’avais jamais couché avec un ouvrier par exemple, ce qui est quand même un autre rapport que le leur avec leur tract à la porte de la boite. Bon et puis l’autre part disant que c’était un vice dû à la dégénérescence bourgeoise et il n’était pas question de l’admettre. Je pense que si maintenant on a pu apparaitre publiquement le FHAR c’est vrai que c’est dû, à mon avis essentiellement à la brèche ouverte par le MLF, c’est-à-dire au moment où il a été dit aux gens on va partir de ce qu’on est et pas simplement de nos idées politiques et tout ça, ça c’est une chose qui est bien rentrée dans la tête et qui fait que les gauchistes ont commencé à être prudent et à ne plus oser dire à priori ça c’est bourgeois, ça, c’est prolétarien. Ça, c’était valable pour VLR en particulier parce que c’était un groupe moins constitué à mon avis dans lequel il y avait moins une idéologie marxiste-léniniste, etc. Mais ça n’empêche que ça a causé une vague de discussion. Une bonne partie des copains de VLR qui ont dit qu’ils ne diffuseraient pas ce numéro de toute façon, que pour eux c’était quelque chose de foncièrement faux que d’avoir parlé de l’homosexualité dans ces termes, que de toute façon c’était incompréhensible pour les gens, etc. Alors ce contre quoi on s’est révolté surtout c’est d’une part, sur le fait qu’ils parlaient au nom des gens et jamais en leur nom propre précisément. C’est-à-dire qu’ils disaient « nous pensons, nous, que les gens ne peuvent pas comprendre » et il y a une copine qui a été jusqu’à dire quelque chose qui m’a vachement étonné, elles sont toutes sympas, qui a dit « quand il y a un camarade ouvrier qui est entré dans la chambre ou j’avais le numéro de TOUT ! et bien je l’ai caché parce que j’ai pensé que s’il voyait ça, vraiment il serait choqué. “Alors voilà, c’est vraiment la protection des irresponsables. (…) ce qui est franchi ces temps-ci, c’est l’étape dans laquelle on ne va plus se réunir autour des idées politiques à priori ou autour de la stratégie, on va avoir des mouvements comme ça ou les mecs partiront de leur trippe, les filles de leur trippes, les immigrés aussi et puis on essayera de discuter ensemble, ça va être dur. Mais à mon avis, ce sera moins dur que les discussions entre groupuscules. Ça va être dur parce que l’on a des tas de contradictions. Le FHAR jusqu’à présent, personne ne le prenait au sérieux, parce que les gens disaient : de toute façon, vous êtes 30. En admettant que votre problème soit juste, vous voyez bien que comme ce n’est pas un problème qui est principal dans la vie des gens, ce n’est pas un problème de masse. Rien qu’en faisant le numéro de TOUT ! plus quelques actions qu’on a fait et par le bouche-à-oreille, à la dernière AG on était 150. Je ne dis pas que c’est les grandes masses, mais d’un seul coup, passer de 30 à 150, ça nous faisait quelque chose. Et puis tout ce qui se passe maintenant ça nous prouve que c’est effectivement un problème de masse. Pas seulement parce qu’il y a 4 pour cent de la population qui pratique l’homosexualité, mais parce que ça inquiète tout le monde, et ça intéresse tout le monde au même titre que la politique.

« Les pédés avec nous ».

« Nous sommes un fléau social ».

[1Tout ! est un journal français, organe de diffusion du groupe mao spontex Vive la Révolution (VLR) publié en 1970-1971. Parrainé par Jean-Paul Sartre (directeur de publication), Tout ! élabore son numéro 12 (23 avril 1971) avec le FHAR, revendiquant haut et fort le droit à toute forme de sexualité et abordant les problèmes liés à celles-ci. Ce numéro sera interdit pour outrage aux bonnes mœurs.

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